Se façonner une image, se redessiner un visage, vivre d'apparences... Je pourrais dénoncer le règne du paraître, le culte de la beauté, la dictature de l'esthétique... et pourtant ... je m'en garderais bien...
J'aime jouer de mon image, j'aime être autre ... instabilité de mon âme, extravagance de mon allure...
J'aime sembler...
Etre soi n'est-ce pas être plusieurs? Etre soi n'est-ce pas se sentir fleur bleu, bohème, pirate, tango, valse, brasil, jazz, rock, reggaie, pacifique, révolutionnaire, Nadja et Emma? Peut-on être simplement soi? Est-il si simple d'être soi?
Je ne sais pas qui je veux être, qui je suis... je sais simplement que je suis terriblement instable, fondamentalement autre à chaque seconde... alors chaque matin je m'éveille avec l'envie d'être une autre...
Les matins sages ... ceux des jours où tout vous semble ordonné, agencé, coordonné avec soin... je choisie de jolis chemisiers à col rond, ceux des écolières, ceux des demoiselles dont la vie semble plannifiée du berceau à la tombe... j'aime ces matins, mais je m'en lasse et ... leurs succèdent...
Les matins explosifs... une mini-jupe, un T-shirt fluo, des chaussettes multicolores, le visage fardé de couleurs vives... ces matins d'une gaieté orageuse qui ne demande qu'à arracher quelques sourires surpris, à déranger, à agacer de cette joie indécente... mais voilà ... parfois... il est...
Des matins gris... ces matins où l'on enfile sans conviction un jeans, un T-shirt trop large, des doc-martins ... où l'on se sent clandestin d'un jour qu'on voit se dérouler sans nous, où l'on ne laisse pas de traces, où l'on se fond dans la foule, où l'on se coule dans le moule, jusqu'à la révolte...
Des matins révolutionnaires... les prémisses d'une journée rouge et noire, « hasta siempre », les matins de l'insoumission, de la volonté, de l'intransigeance... un trait de khol, de l'ombres à paupière noire, les cheveux établis en un désordre sophistiqué...
J'aime me composer un visage, m'élaborer une allure... en changer... refuser la nature... toujours... faire de tout mon être un message silencieux, une image lourde de sens...
Sauf... les matins tendresse... ceux où la nature suffit... pas de chemisier, pas de couleur, pas de fard... un corps nu, un visage laissé aux hasards de la nuit, des cheveux abandonnés... des matins où l'on ne se cherche pas, des matins où l'on n'a plus de message, des matins où l'on ne se bat plus, où l'on lache prise...